rose juliette

Les souvenirs, c'est un morceau de notre mémoire qui ne fait que grandir et se remplir de moments partagés.

En allant chez ma grand mère, je suis passée par la rue de mon enfance. Ca m'évoque toujours des souvenirs et leur lot de nostalgie.

Avec mes parents, nous avions une vieille voisine, elle s'appelait Juliette.

Elle avait des poules à l'arrière de sa maison ainsi que des roses à foison.

Ses enfants venaient lui rendre souvent visite, je les croisais parfois quand j'allais lui dire bonjour ou les entrevoyais dans le jardin...

Un de ses fils, qui avait l'age de mes parents ou presque, m'appelait "ma princesse" ... Et quand il sortait dans le jardin pour aller voir les poules j'allais lui raconter ma vie de petite fille ... je parlais beaucoup et à tout le monde ... alors quelle joie d'avoir mon public, qui en plus me gratifiait d'un si joli surnom! Encore maintenant, c'est un mot magique qui me rappelle à quel point c'était chouette mon enfance !

Et Juliette, elle me gâtait toujours par la clôture du jardin ou par le petit grillage placé à la fenêtre de sa cuisine qui donnait dans un passage sur le côté de la maison de mes parents. Bonbons, clémentines ou encore quelques oeufs frais avaient l'habitude de passer par les grillages à ma destination et parfois je lui offrais des bouquets de fleurs du jardin comme des tulipes ou des fleurs du seringuat de maman, un morceau de gâteau fait par mes petites mains ... et les fils se distendaient, élargis par nos échanges ...

Mes premiers oeufs frais, qui ont servi à faire des pâtisseries venaient forcément de chez elle.

Ils rendaient mes pâtisseries super bonnes et ma maman jalouse ... parce qu'à cette époque, elle n'était pas la meilleure en fabrication de gâteaux alors que moi, sans le faire exprès, je faisais des trucs vachement comestibles ! ... et avec le temps, nous avons perfectionné à deux les créations culinaires et sommes devenues meilleures toutes les deux dans le domaine.

Ma voisine, n'a pas toujours eu de la chance, la vie n'a pas été simple, mais toujours je l'ai connue souriante ...

Je me rappellerai toujours d'elle regardant par la petite fenêtre de sa maison, comme inspectant tout le quartier pour nous avertir si quelque chose de particulier se passait, à l'affût des mouvements, scrutant mon retour de l'école, me faisant toujours un petit signe ... parfois, j'allais la voir, lui raconter mes histoires, jouer avec son chien ou encore regarder les oiseaux ... elle est devenue, avec le temps, comme une troisième grand mère ... une personne sur qui je pouvais compter quand je rentrais de l'école si les parents n'étaient pas encore là ...

Les années ont passé, mes parents se sont séparés, on a quitté la maison ... J'ai eu moins l'occasion de repasser par cette petite rue mais souvent je pensais à elle ... et puis parfois, quand j'ai pu, je suis allée la voir, lui raconter que je grandissais, que j'avais un appartement à moi ... Un amoureux ... mais je n'ai pas eu l'occasion de tout lui dire ... je ne l'ai pas vue assez ... alors depuis qu'elle s'en est allée, je lui raconte tout dans mes pensées.

Aujourd'hui, je suis passée devant sa maison, les rosiers disparaissent sous les mauvaises herbes, le poulalier est démoli, ... les travaux s'organisent, la maison va reprendre vie, ...

Mais les roses semblent disparaître, le jardin n'a plus la couleur de mon enfance, dans mon souvenir il était magnifique... on le regardait parfois ensemble, on admirait les petits oiseaux qui venaient se poser près des rosiers ... c' était tout un symbole pour moi, alors j'ai pris mon courage à deux mains, j'ai franchi la barrière et suis allée en ceuillir une sous les mauvaises herbes et suis allée la déposer à Juliette ...